Patrice Lumumba et la Quête d’une Indépendance Réelle du Congo

Le combat de Patrice Lumumba pour le Congo transcendait le simple échange d'un drapeau belge contre un drapeau de conception locale.

On dit souvent des révolutionnaires martyrs que si l’on peut tuer un être humain, on ne peut pas tuer l’idée qu’il ou elle incarne. Ce que l’on oublie de dire, c’est qu’une idée peut s’évanouir ou être blessée, et qu’il faut alors la réanimer ou la guérir. En effet, l’idée d’une République démocratique du Congo véritablement indépendante a été gravement blessée et s’est évanouie au moment où Patrice Lumumba rendit son dernier souffle. En effet, depuis son exécution le 17 janvier 1961, le Congo s’est battu pour devenir une nation indépendante et poursuivre des objectifs et des aspirations définis au niveau national.

Le combat de Patrice Lumumba pour le Congo transcendait le simple échange d’un drapeau belge contre un drapeau de conception locale pour marquer la “naissance” d’une nation alors connue sous le nom de Zaïre. Pour lui, l’indépendance allait au-delà du simple remplissage des postes gouvernementaux par du personnel congolais après le départ des agents administratifs belges. Patrice Lumumba aspirait à l’émancipation mentale des Congolais, à l’éradication de leurs sentiments d’infériorité par rapport aux mortels à la peau pâle de l’hémisphère occidental. Sa croyance en l’égalité des Congolais et de leurs homologues belges le poussa à dire la vérité au pouvoir colonial.

Nulle part ailleurs l’idée de l’indépendance et de la passation du pouvoir ne fut aussi ridicule aux yeux de l’Afrique qu’au Congo. On aurait pu penser que les décennies de mutilations, de meurtres, d’oppression, et d’extraction de main-d’œuvre gratuite et de ressources ayant caractérisé le régime colonial belge susciteraient de l’empathie pour les colonisés au moment de l’indépendance. Il n’en fut rien. Les autorités belges n’ont rien laissé au Congo ; les voitures officielles ont été placées à bord de cargos en partance pour la Belgique, les carreaux ont été retirés des sols, les rideaux ont été démontés, et même les restes de papier toilette ont été arrachés de leurs supports, repliés, emballés et renvoyés à Bruxelles.

Le discours d’indépendance du roi Baudouin de Belgique tourna en dérision les souffrances indicibles des Congolais sous l’administration de son pays. Le Roi avait, en effet, choisi cette occasion pour exprimer son admiration pour la grandeur de son ancêtre, le Roi Léopold II, l’architecte de la folie meurtrière et du pillage au Congo. Dans ce discours, le Roi Baudouin félicita les Congolais d’avoir pu, après avoir été civilisés par les Belges, devenir indépendants.

Lors de la cérémonie d’indépendance, Patrice Lumumba ne put supporter les mensonges colportés par les colonialistes. Le visionnaire qu’il était savait que cet événement allait être suivi par les futures générations de Congolais. Dans les années qui suivraient sa mort, les discours prononcés à l’occasion de la fête de l’indépendance du Congo seraient étudiés dans les universités, analysés par les chercheurs, mentionnés par les décideurs politiques et repris par les médias. Lumumba choisit, au péril de sa vie, de rétablir la vérité.

Dans son discours, Patrice Lumumba résuma les souffrances de son peuple, et nota à juste titre que l’Indépendance avait été acquise grâce à des mouvements nationalistes menés par les Congolais eux-mêmes, soutenus par d’autres Africains, et non grâce à la magnanimité de la Belgique. Lumumba exprima l’espoir que l’Indépendance apporterait enfin le confort aux masses et que la nation s’unirait pour construire un pays qui serait la fierté de l’Afrique.

Consterné par l’audace de Patrice Lumumba, le roi Baudouin quitta la cérémonie en colère. Le discours de Lumumba souleva un tollé dans les médias occidentaux. Combien ingrats, dépourvus de tact et de diplomatie pouvaient être ces Africains, décrièrent de nombreuses analyses de presse dans le Nord. Dès lors, même Lumumba su que ses jours étaient comptés. Il s’empressa de rédiger un autre petit discours, prononcé le soir du même jour, dans lequel il essaya d’être plus apaisant. Cependant, il était déjà trop tard pour annuler l’arrêt de mort qu’il avait signé.

La sentence condamnant Patrice Lumumba à mort fut exécutée par les mains de ses compatriotes congolais, par ceux qui avaient critiqué son discours, le jugeant trop direct et trop conflictuel. Son assassinat était le résultat des machinations de ceux qui pensaient que le Congo devait minimiser le colonialisme et ses effets sur le peuple et continuer à se tourner vers les anciens maîtres coloniaux pour obtenir de l’aide ; des décennies plus tard, cet état d’esprit imprègne toujours la nation. Si Lumumba avait vécu, il est fort probable qu’il aurait élevé des disciples dans sa propre génération, et formé la jeune génération à se lever et à défendre les ressources du Congo, la nation la plus riche au monde en termes d’abondance en ressources naturelles.

Mais avec la mort de Lumumba, le Congo a sombré dans une dépendance accrue vis-à-vis de tout pays non africain qui se montrait intéressé. Avec des réserves inexploitées de ressources naturelles estimées à 24 000 milliards de dollars, le pays est envahi d’étrangers qui se bousculent pour se tailler ouvertement, secrètement, légitimement et illégitimement la part du lion dans la porosité qui définit la gouvernance et l’administration de cette nation.

Ce dont le Congo a besoin aujourd’hui, c’est d’une restauration des idées de Lumumba dans les salles de classe, les amphithéâtres, les bureaux, les rassemblements religieux et civils. Les idées de Lumumba sur l’indépendance réelle et authentique et la manière dont elle doit être poursuivie doivent être réintroduites dans l’actuelle génération de Congolais afin que le pays progresse et devienne ce que Patrice Lumumba appelait la “fierté de l’Afrique” dans son fameux discours d’indépendance. S’abstenir de prendre position, essayer d’apaiser les étrangers et se tordre les mains dans l’impuissance et l’agonie n’a pas apporté et n’apportera pas beaucoup de progrès à la RDC. Le changement dont la RDC a besoin viendra des citoyens qui sont suffisamment éclairés pour comprendre leur valeur personnelle et nationale, des citoyens qui n’ont pas peur face aux étrangers, et qui sont prêts et disposés à défendre la vérité, et à vivre une vie de vérité.

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